De l’amour physique

Ils s’étaient assis aux abords d’un ruisseau, serrés l’un contre l’autre, enveloppés dans une couverture de laine et, bercés par le son de l’eau du ruisseau tout proche. Ils s’étaient assoupis quelques temps, leurs corps à l’unisson.

A leur réveil, le soleil était haut dans le ciel et inondait la prairie d’une douce lumière. Pierre et Peggy que les enseignements d’Arjun avaient préparés à recevoir la libération de Sri Swami Sahananda, profitaient désormais pleinement des instants qui leurs étaient donnés. Ils passèrent encore un long moment à paresser dans leur couverture. La douce caresse du soleil sur leurs visages se prolongeait naturellement dans l’intimité de leur abri provisoire.

Alors que le soleil inondait désormais de sa chaleur les hauts plateaux, sans qu’un mot ne fût nécessaire, à l’écoute de leurs ressentis, les yeux dans les yeux, ils avaient laissé glisser leurs vêtements le long de leurs corps et ils étaient entrés nus dans les eaux turbulentes du torrent. L’eau glacée eut tôt fait de réveiller les corps alanguis. Les mains frottant et caressant le corps de l’autre achevaient progressivement l’éveil des sens.

Ils sortirent des eaux limpides, les corps encore ruisselants, debout dans la prairie, leurs caresses étaient devenues sensuelles.

Les corps désormais totalement réceptifs se rapprochaient et se frôlaient. Les esprits de Pierre et Peggy n’étaient plus qu’un, bercés par cette unité, dès lors, seul l’instinct guidait les corps, ni Pierre, ni Peggy n’étaient présents. La vie accomplissait son œuvre.

Peu à peu, aucune partie de leurs des corps, même la plus infime, même la plus intime n’était restée vierge de leurs caresses et de leurs baisers, Les deux corps, désormais enlacés, étaient étendus sur l’herbe tendre. Personne ne pouvait plus dire à qui de l’une ou de l’autre appartenait ce bras, cette main ou cette jambe, Tout comme leurs esprits, c’était alors leurs deux corps qui ne faisaient plus qu’un. Chacun savait intuitivement satisfaire ce que chaque partie du corps de l’autre désirait. Ils dansaient une danse gracieuse et parfaite. Avec le soleil pour unique témoin, ce ballet des corps et des âmes dura ainsi des heures entières sans jamais que l’harmonie ne fut rompue.

Ce fut en milieu d’après-midi, lorsque le soleil se voila quelques instants d’un nuage passager, que le couple devenu « un » revint au temps qui passe.

Toujours unis dans tous les plans de conscience, les esprits réintégrèrent progressivement les corps. Encore odorants du mélange prolongé de leurs essences, chacun noyé dans les yeux de l’autre, ils se trempèrent à nouveau en riant et en s’éclaboussant dans les eaux limpides du torrent.

Ils se blottirent à nouveau pour un moment l’un contre l’autre dans la couverture qui les avait accueillis un peu plus tôt.

Ils étaient tellement proches, tellement fusionnels, et en même temps tellement présents à eux-mêmes.

Après avoir réalisé l’’illusion du péché, Eve et Adam pouvaient désormais croquer en conscience la pomme à pleine dents. Ils étaient de retour au jardin d’Eden.

Alors que le soleil commençait à décliner, ils reprirent le chemin du retour, toujours serrés l’un contre l’autre.

« Pendant l’amour, perds-toi. Abandonne-toi. Tu arriveras à une expérience intemporelle. Une conscience sera là, une conscience lucide passive, tu sauras ce qui se passe, car tu seras en pleine conscience. Mais toi, tu ne seras pas là, seule la conscience sera là. » – Osho.